Bleu d'enfer et on renaîtra...

Eruption volcanique ?
Tremblement de terre ?
Déluge sans Noé ?
Ou est-ce la digue du désir qui a cédé ?
La déflagration poétique qui se dégage des toiles de Fouzi El Basri procède de l'apocalypse.
A nous de chercher la source d'où se déverse ce souffle tragique d'une fin du monde.
La cité est en ruine. Vide. Ça et là quelques débris (vestiges ?) suggèrent la déroute.
Le Cosmos de bleu vêtu se dévide éperdument.
Le feu naît de l'eau. Les ailes des vagues ignées se brisent, languissantes, contre les ruines faites récifs. Le soleil vomit. Il sème ses ocres crachats, pluie de flashes, sur Atlantide.
Il faut bien que la mémoire se saisisse de ce présent en passe de devenir passé.
Et la lumière (divine dites-vous ?) n'est pas là pour éclairer.
C'est un linceul doré pour décombres naufragées. Pourtant, il y a du tangage dans cette peinture des fins.
Une sorte de débordement heureux imprègne l'atmosphère azurée, comme si quelque chose d'inouï (un dragon à mille têtes ?) allait surgir de l'écume des flots. Oui, c'est un étourdissant hymne à la destruction féconde.
Car Fouzi El Basri, s'il nous livre l'épouvante apocalyptique, c'est pour nous inviter à lire la promesse d'une renaissance dans la chevelure de ces farouches algues qui s'égouttent,
et d'où devrait sourdre un monde nouveau.
Ne grave-t-il pas ce onzième commandement sur une épave en perdition : "brin de lumière pour une journée morte !" ?
Entendez : Bleu d'enfer puis on renaîtra !

Peinture de Fouzi El Basri par Achour Ouamara