Réagissez !

Lettre et le néant...

par Achour Wamara

Un sac, rien qu'un petit sac cousu de vos joies et de vos peines, de vos manques et de vos manquements.
Rien à regretter des gloires que vous n'avez pas eues, ni d'empreintes que vous n'avez pas laissées, ni de la compagnie de votre miroir flatteur qui se brisera contre les facéties de votre égo pitoyable. De ce sac, bientôt votre étroit tombeau, on entendra les spasmes de votre âme qui se déteindra inexorablement de ses vanités et de son orgueil mesquin, et qui avouera, un peu tard, que vous n'êtes qu'un homme, rien qu'un homme, "tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui" (Sartre).
Il serait plus juste de dire que, tout bien pensé, que vous êtes tragiquement réduit à ce sac aux bretelles effilochées, et on ne sait qui des deux porte l'autre.
Qu'il est doux de penser qu'on est moins que rien. Toutes les fiertés tonitruantes s'évaporent dans le ciel indifférent des prétentions, tous les rêves trompeurs débouchent sur le caniveau de l'absurde.
La seule chose qui mérite qu'on s'y attarde avant que le sac tombe, et vous avec, c'est le sort de l'urne de vos cendres : comment les faire disparaître définitivement sans laisser la moindre trace sur cette terre. "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" (Lavoisier). Si c'est donc impossible, en quoi voudrait-on être transformé depuis la cendre sans en renaître comme le sphinx ?
Je choisis la lettre φ
Et vous ?

A. Wamara


Lire les
Archives -