Réagissez !

Algériatrie

par Achour Wamara

Pour Fekhar et sa famille.

La Nuit du Destin (laylat Al-Qadr) "est meilleure que mille mois", et pendant cette nuit "Dieu est plus proche de nous que jamais".
Pardi ! J'en ai profité pour scruter le Ciel en espérant y voir une possible échancrure par où s'introduiront mes voeux, comme la tradition le conseille.
Je voulais juste demander un chouia de jeunesse pour éloigner la tombe de ma vie. Hélas, pas le moindre éclair ne m'est apparu. À moins que je n'aie pas eu assez de réflexe et d'attention pour apercevoir une légère secousse du Ciel. Ou peut-être que j'ai été aveugle à cette manifestation pour avoir péché sans compter.
Finalement, j'ai mis ça sur le compte de l'âge. Avec l'âge, la pensée vagabonde plus qu'elle ne creuse.
C'est là qu'un mot m'a traversé l'esprit comme une flèche de Sioux dans l'oreille d'un conquistador : le mot "Algériatrie".
Non, je ne pense pas à la mort "clanique" de l'octogénaire Bouteflika, ni à l'autre octogénaire, le Gaïd qui joue au caïd. Loin de moi de moquer le grand âge qui rime souvent avec sage, quoiqu'il rime avec foutage de gueule avec ces deux-là.

La sénilité n'est pas le sort exclusif de l'âge, elle peut qualifier une pensée qui prend du ventre faute d'exercices intellectuels. C'est le cas de la pensée corsetée dans la Numidie contemporaine : une pensée de la "main de l'étranger", de la "juiverie intérieure", de "la paranoïa séparatrice de la nation", de la "martyrologie du décanté novembriste", du "lointain Hedjaz" (sans le Prophète), bref, une pensée qui puise ses poncifs dans le dictionnaire des idées pansues.
C'est cette pensée-là qui a laissé pour mort dans sa geôle l'intraitable militant Fekhir, comme l'a fait Tatcher pour Bobby Sands, l'apartheid pour Steve Biko, comme l'ont fait pour leurs opposants les Staline, Pinochet, Videla, et d'autres tyrans encore.

Ces victimes nous "augmentent".
Méritons-les.

A. Wamara, juin 2019
Bon Aïd pour les Musulmans.


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