Vive les tomates !

par Achour Wamara



Je ne résiste pas à l'envie de partager avec vous une curiosité que j'ai découverte.
Nous trouvons au marché de belles tomates, écarlates, sans rides ni aspérités, pimpantes comme des mannequins de mode. Pas besoin d'être agronome, on sait qu'elles sont traitées au "pestisuicide !". On sait aussi que du point de vue nutriments, elles sont aussi pauvres que Job. Les tomates non traitées présentent, en revanche, des têtes de déterrées (!), difformes et renfrognées comme au sortir d'une guerre de tranchées. Mais voilà, elles sont truffées de nutriments bons pour la santé. Savez-vous pourquoi ? Elles s'en gavent quand elles sont attaquées par toutes sortes d'agents extérieurs, bestioles et consorts. C'est précisément dans leur lutte contre l'adversité qu'elles s'enrichissent de tous ces nutriments, comme un corps qui développe des anticorps contre une substance étrangère. Sachant cela, cette tomate se livre tout d'un coup à nous dans toute sa splendeur, notre esprit traverse sa surface pour apprécier ce qu'elle renferme de bon en son sein, ce qu'elle nous apporte généreusement. Et voilà que la vaniteuse d'à côté qui s'enlaidit, et la disgracieuse d'il y a une minute qui s'emperle à nos yeux.
Cette leçon des tomates m'a confirmé dans l'idée que la lutte enrichit, voire embellit. J'ai connu des personnes qui me parurent laides au premier accueil de leur visage, mais parce qu'elles sont des indignées, vaillantes et militantes au sens noble du terme (syndicaliste, féministe, etc.), elles me sont devenues très belles, leur visage s'est comme illuminé d'une grâce, et leur silhouette d'une prestance. À l'inverse, j'en ai connu des personnes belles au premier abord selon les canons esthétiques culturels admis, qui se sont enlaidies petit à petit d'insignifiance. Leur premier attrait s'est déteint au fur et à mesure qu'elles révèlent leur vacuité dans l'échange et le don de soi.

Moralité : lutter, c'est muter. En bien.

A. Wamara
18 juillet 2019