Silence d'orgue

par Achour Wamara



C'est une lubie chez moi, en voyage, je ne visite que les petits villages de la taille de mon village natal d'antan, le napalm et l'indigence en moins. Hier aprè-m je me suis rendu dans une église. Non par croyance, je croasse plus que je crois. Je cherchais plutôt un peu de fraicheur et de tranquillité. Cimetière et église sont mes deux premiers lieux de pèlerinage par besoin précisément de recueillement et de silence. Il faut dire que j'ai installé ma tente igloo dans un camping municipal à zéro étoile, ça braille comme pas possible autour des barbecues et des canettes de bière qui attirent les moustiques dont tout le monde se plaint. On s'indigne comme on peut. Loin d'Aden. C'est à se trucider avec un silencieux. J'ai compris pourquoi l'homme a été chassé du Paradis.
Vous ne me croirez pas, j'étais seul dans l'église avec mon sac quechua élimé. Pas un chat ni rat, pas un flash de touriste, pas même le son d'un orgue. Un silence lancinant. Ah ! le silence de l’Église… Et tous les silences des silences de la terre entière : sur Saoud sucé à ras le pipeline, sur les plagieurs de Massu, sur les gazeurs de gazaouis, sur les éborgneurs des Champs-Elysées…
Je me suis retourné vers le Crucifix qui me regardait étrangement. Quelque chose clochait, si je puis dire. Regrette-t-il d'avoir endossé tous les péchés du monde ? Envie de lui crier dessus : «Que fais-tu là Jésus de Nazareth, ridicule sur deux piques, lève-toi, brise le silence, tu es ressuscité, tu t'es multiplié, tu es le déclassé, la prostituée, le sans domicile, le réfugié, le Tutsi, le Palestinien, le Yéménite, le Mozabite, le Rohingya...
Et là, je ne vous mens pas, il s'est détaché de sa Croix, posé pied à terre et s'est enfui à tire-d'aile.

Je suis au bord d'un AVC.

A. Wamara,
6 août 2019