La reprise, dites-vous ?

par Achour Wamara



Les vacances se terminent. Tout le monde parle de la reprise, avec plus ou moins d'enthousiasme. On dit aussi reprise d'une vieille voiture pour un nouvel achat, reprise d'un pantalon trop long pour le régler à sa taille.
Bref, reprise de quelque chose d'usé ou d'inconvenant pour du neuf et de meilleur usage. Peut-on parler de même quand il s'agit de la reprise du travail ?
Certes, certains reprennent le travail avec un enthousiasme redoublé et de nouvelles ambitions démesurées; je pense notamment aux premiers de cordée qui sont pressés de reprendre leur gestion inhumaine de l'humain qu'ils étiquettent au sceau de l'abattoir; d'autres reprennent le boulot à reculons avec la fatalité du "ainsi soit-il".
Mais moi, je veux parler de la reprise de la communauté des indignés, ceux-là qui se battent chaque jour bec et ongles, pied à pied, mot à mot, contre l'insolence des privilèges, contre la galère rationalisée par les lois scélérates, je pense à ces infatigables indignés qui, au prix de leur sommeil et de leur vie familiale, n'accordent aucun répit aux vendeurs de la précarité et du statu quo.
Oui, mes héros à moi, ce ne sont pas les plastronneurs de Barkhane, ce ne sont pas les aiguilleurs du ciel au Yémen, ce ne sont pas les décorés empâtés du Château, ce ne sont pas les propriétaires insatiables de nos sueurs.
Mes héros à moi, ce sont les grévistes, les syndicalistes, les emmerdeurs des nuits calmes du Capital arrogant, mes héros à moi, ce sont tous les lanceurs d'alerte et les ça-ne-passera-pas-par-moi. Je leur souhaite à toutes et à tous une reprise plus aguerrie que jamais.
On a besoin d'eux. Ils ont besoin de nous.

Cordialement.

A. Wamara, 28 août 2019

À+