Ramadan, 27ème nuit : le Loto du Ciel.

par A. Wamara
27 avril 2022


La nuit du 27ème jour du Ramadan, dite nuit du Destin (Al-Qadr), vaut, selon le Coran, « plus que mille mois » (Sourate 97, Al-Qadr, verset 1, Trad. Kazimirski). Mieux : C’est durant cette nuit que le Coran a été « révélé » : « Nous avons fait descendre le Coran dans la nuit d'Al-qadr » (Ibid.). C’est une nuit où Dieu exauce toutes les invocations, effacement des péchés, remise de peines, etc. Donc nuit où tout est possible. Beaucoup pensent par ailleurs que durant cette nuit, il y a un moment déterminé sans que personne ne sache ni l’heure ni la minute (nous le cache-t-on?), où les portes du Ciel s’ouvrent, une lumière intense en surgit, et c’est à ce moment là, très fugace, qu’il faut se dépêcher de s’adresser à Dieu et lui demander monts et merveilles, et vos voeux seront exaucés sans conditions. Ça m’intéresse ô combien, pas peu opportuniste je suis. Le blème, il y en a un, c’est que la fracture du Ciel dure le temps d’un clin d’oeil. Enfin, c’est ce qu’on dit. Certains fustigent cette croyance qui ne serait que pure superstition, mais, bon, du moment que ça ne peut pas faire de mal, qu’on a à gagner et rien à perdre, autant sauter sur l’occaz, c’est une sorte de Loto du Ciel gratuit. Qui ne tente rien n’a rien. C’est comme la croyance en l’horoscope, s'il nous est favorable on s'en flatte, sinon on se dit qu’il y a erreur sur la personne. À ceci près que dans notre nuit bénite, il n’y a pas risque d’erreur si on parvient à saisir ce moment de déflagration miraculeuse du firmament. Il suffit juste d'avoir les yeux grand ouverts pour ne pas rater la manne du Ciel. J’ai évidemment pris mes devants. Hier soir, dès le coucher du soleil je me suis rendu sur une petite colline herbeuse avec mon tapis labellisé Mekka. Je me suis allongé sur le dos, les mains derrière la nuque, face à l’azur, la tête remplie de poésie de Valéry « Patience, patience / Patience dans l’azur ! / Chaque atome de silence / Est la chance d’un fruit mûr. »
J’attendais donc le fruit qui allait me tomber pile poil dans la bouche, je veux dire que les vœux que j’allais exprimer à l’échancrure du Ciel seraient sans tarder exaucés. Patience poète ! J’ai vu plein d’étoiles filantes, et j’ai eu tout le loisir d’observer la grande et la petite ourse, le grand et le petit chien. J’ai essayé de deviner par quelle constellation l’éclair divin allait se manifester, peut-être par la Casserole qui est tout indiquée pour recevoir mes voeux. Enivré par cette beauté stellaire j’ai, idiot têtard que je suis, piqué un somme jusqu’au petit matin. Malheur à moi. J’ai raté le tirage. Pas vu de pluie d’anges dédiés au ramassage des commandes, si ce n’est une bruine qui a fâcheusement mouillé mon bonnet.
Dépité, je suis rentré bredouille à la maison. J’ai demandé autour de moi si quelqu’un avait réussi à décrocher le gros lot. Makache, oualou ya hmarr. Vraiment, l’année 22 est une année de poisse. Rien gagné. Ni les élections, ni un signe de Dieu pour me remonter le moral. De quoi perdre le peu de foi qui me reste. N’était ce mois sacré de Ramadan qui recommande la mesure, j’aurais disjoncté à faire sauter les Tours Eiffel et Montparnasse.
Alors je me console comme je peux. J’ai essayé un des versets optimistes du Coran : « En vérité, à côté de l'adversité est la félicité ! Oui, à côté de l'adversité est la félicité ! » (Versets 5 et 6 de la Sourate 94, « L’Ouverture », Trad. Blachère). Mais, hélas, la félicité se fait attendre, et moi je la veux tout de suite, la félicité. À moins qu’il faille passer de vie à trépas pour en goûter … au Paradis. Méfiance ! Et si Allah décidait la fermeture du Paradis pour travaux, ou pour des problèmes d’insécurité ? C’est dans les cordes des djihadistes de s’introduire de force dans le Paradis pour contester le leadership du Seigneur. Je n’exclus pas cette éventualité. On comprendra pourquoi je ne suis pas pressé d’y aller. Je tiens à ma vie. Petite, mais vie quand-même.
Non, je n’attends pas, je vous le dis, j’applique à la lettre le prudent et sage adage qui dit qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Regardez ce qui s’est passé aux élections présidentielles. On nous a demandé d’attendre le 2ème tour pour niquer Miss Massu. Résultat : Au 1er tour dans le baba, au 2ème dans le caca. Non, cent fois non, aboule la félicité, hic et nunc !
Et comment l’obtenir sans le secours d’un miracle ? Pendant que j'y pense, y a peut-être une solution : me faire tout entier générer, corps et âme, une copie numérique, comme dans la série Black Mirror. Je me ferais augmenter de belles données avec algorithme qui m'insufflerait la joie, la béatitude, bref la félicité. Un hologramme sans peines ni besoins. Heureux et éternel ! Adieu à Dieu !
Quoi ? … Je bugge?... Ciel ! recharge ! Toute !


A. Wamara