Ramadan, jour 15 : Satan, va-t-en !

par A. Wamara
16 avril 2022


Hier, Dieu en a eu pour son grade, je lui ai passé un savon de première, qu’on me pardonne ce blasphème. Je lui ai dit "ça suffit maintenant, ça commence à bien faire, j'ai beau prié à m'esquinter les genoux, jeûner pire qu'une marmotte l’hiver, donner l'aumône à en veux-tu en voilà, accompli par trois fois le pèlerinage à Sana... euh… à la Mecque, j'étais même prêt à rajouter un sixième pilier de l'islam s'il le fallait, mais rien, oualou, aucune récompense de Ta part pour boucler mes 'faims' de mois ». Il m'a dit "patience, Dadach [c’est le prénom qu’Il m’a affectueusement donné], patience, tes actes te seront payés au centuple au Paradis". Je lui ai demandé alors s'il pouvait me verser ici-bas un petit acompte sur le Paradis, ça m'arrangerait pour booster mon pouvoir d'achat, régler mes retards de loyer, et me nourrir un chouia correct. Il m'a dit "ne te plains pas, souviens-toi de ce que j'ai fait subir à Job, je l'ai dépouillé jusqu'à l'os, et pourtant jamais il n'a cédé à Chitane". Là, je lui ai répondu en réfrénant ma colère, "comment ça, c'est donc Toi qui es responsable de l'austérité qui nous saigne à blanc, c'est pas Jupiter ? C’est toi l’éborgneur ? L’emmerdeur ? Tu veux donc tous nous jobiser pour tester notre résistance à la finance ? Ah non ! hchouma, ouallah hchouma". Il ne s'est pas fâché, Le Tout Miséricordieux, mieux, Il a éclaté de rire, oui, Dieu rigole au possible, de ces rires ! Un rire nerveux de quelqu’un qui, malgré toute son application, est au final déçu par son œuvre, ou d’un électeur miné par une constipation buridane, l’estomac nouée avec une corde de marin, mais qui doit quand même se rendre sous les huées aux urnes pour voter Jupiter : un traumatisme à vie !
En guise de réponse, Dieu, après avoir évoqué son prophète (saws), Il m’a cité ce verset énigmatique (Versets 4-5, Sourate 90) : « Nous avons, certes, créé l’homme pour une vie de lutte. » Ah ça, ça me convient, du Poutou craché. Et j’ai crié : « Pas une voix pour la Chorale des loosers ! ».
Puis, en créature accablée, j'ai soupiré, tiré deux grosses taffes sur mon joint, ça m'a apaisé, enfin, pour un moment, car mes crises sont chroniques, elles reviennent régulièrement, et je n'ai de cesse de chercher une solution radicale pour m'en débarrasser. J'ai essayé le remède que m'a conseillé mon ami Karl, mais il s'est révélé provoquer des effets secondaires. En attendant, je m'adapte, y a des jours avec et des jours sans, beaucoup plus de jours sans que de jours avec, mais on m'a appris à dire Hamdoullah en toute circonstance, alors Hamdoullah jusqu'au prochain pétage de plomb...


A. Wamara
15ème jour du Ramadan