Le Président statue

par Achour Wamara



Non, je ne parle pas du Président de ce côté-ci de la rive, il est plus laitue que statue, je m'épate plutôt devant celui qui préside de l'autre côté, l'énigmatique statue du Commandeur qui trône sur les hauteurs de la Blanche. Quelle baraka que d'avoir un tel Président : statue inamovible et inébranlable, une sorte de pythie qui dispense ses oracles au compte-gouttes. Les grassouillets templiers et les prêtres grognons tournent indéfiniment autour d'elle, comme la terre autour du grand Soleil, ils l'observent dans l'espoir qu'elle se meuve pour délivrer quelque oracle à interpréter et rédiger pour la postérité. Elle peut surprendre parfois par le frémissement de ses lèvres auquel le peuple est suspendu, mais hélas ! encore hélas ! le marmonnement qui en sort est indéchiffrable. Parfois, miracle des miracles, une fois tous les six mois, la statue se manifeste par quelques mouvements de sourcils, puis une rotation des globes oculaires. Selon l'interprétation des gardiens du temple, la rotation dans le sens des aiguilles d'une montre prévoit à coup sûr l'augmentation du PIB d'un point, tandis que la rotation dans le sens contraire annonce que la poule aux œufs d'or, nourricière de la Cour, souffre d'hémorroïdes et elle risque de faillir à ses régulières pontes pendant plusieurs saisons. C'est, semble-t-il, ce qu'elle a signifié dernièrement en louchant. Les templiers prospectent déjà le marché pour vendre la statue par pavés.
Voilà, c'est ainsi que le président statue.
Il est des statues déboulonnables en un tour de main, telle celle de notre légendaire Dihya au cœur de Baghaï. Incendiée. N'est-ce pas que le peuple sans mémoire ne se méprend jamais sur ses ennemis ? En revanche, la statue de notre Commandeur, mes amis, est fort heureusement inatteignable. Ou alors il faut s'y mettre à cent, sinon plus.
Elle est blindée.