Une olive m'a dit...

par A. Wamara
13 août 2021



Pansez les plaies, pensez l'après. Férocement. Sans fatalité.
Mon noyau portera le souvenir du crime. Et mon huile sera des plus régénératrices. Qui la boira "désoubliera".
Demain, dès l'aube, j'irai débarrasser de ma branche meurtrie les tombes de leur suie. J'ai entendu se retourner leurs occupants, les jadis brûlés du ciel, au temps où on coupait à ras le tronc l'olivier pour affamer la veuve et le rebelle. Sûrement qu'ils s'inquiètent du bruit des pales d'hélicos tardifs qui provoquent la mémoire.
Aujourd'hui Caën a donné la mort à son frère Abel sous les yeux vengeurs d'un Dieu calculateur. Deuil.
Noé ! Reviens avec ton Arche, tous nos animaux ont péri. Plus de chiens pour reconnaître Ulysse revenu de la Géhenne, la colombe est privée de son rameau olivâtre.
La pierre ancestrale a cuit sa sainte rosace, le buisson ardent a rallongé sa liste.
Terre ! Ô terre atterrée. Ressuscite.
Tes enfants rugiront de nouveau, ils ont perdu ta fougère, pas ton âme immortelle.
Demain, noces d'été.