L'Oedipe algérien

par Achour Wamara

On entend ça et là dans les rues d'Alger et de Tamanrasset qu'il y a urgence à trouver une immaculée figure emblématique qui incarnerait le soulèvement populaire et qui arracherait l'Algérie des griffes du fameux "système". Autant ce mouvement populaire a déjà posé la première pierre d'un rempart qui sépare l'avant et l'après 22 février (comme ce fut le cas du 20 avril 1980 pour Tamazight), autant croire à un "sauveur" (père tutélaire) relève d'une naïveté politique navrante. Les pères finissent toujours par être immolés comme dans le mythe freudien. Le cas de Boudiaf est à ce titre très instructif. Devant l'irresponsabilité du régime en place, conjuguée à ses vieillottes manoeuvres claniques, la patience est de rigueur pour préparer une assemblée constituante qui changerait par une nouvelle constitution les règles du jeu du tout au tout. Qu'on laisse donc les clans du pouvoir s'étriper et gardons-nous de mordre à l'hameçon du vainqueur qui, à coup sûr, trouvera une personnalité de rechange repeinte au goût du jour et dont on sait qu'elle s'avérera plus tard, comme d'habitude, père fouettard. Car cette fois-ci, ça passe ou ça casse. Et, dans les deux cas, pour un bon bout de temps.

A. Wamara, mars 2019