Négritude, algéritude, et les zèbres...

par Achour Wamara



Nos frères noirs en ont tellement pris sur la patate qu'ils ont forgé le concept de négritude pour clouer le bec aux paternalistes et faire la nique à tous les négriers, esclavagistes, colons et racistes de même acabit.
On attribue la paternité de « négritude » au Martiniquais Aimé Césaire, l'empêcheur de tourner en rond (« je suis nègre et je vous emmerde ! »), puis relayé par le pétillant sénégalais Léopold Sédar Senghor qui l'a célébrée comme il se doit . La négritude désignait, pour simplifier, l'appartenance aux peuples noirs et leurs valeurs culturelles, politiques et historiques. Certes, ce concept de négritude fut l'objet de controverses au sein de la communauté intellectuelle noire dont certains lui reprochaient d'être réducteur et enfermant dans le « négrisme ». On connaît la fameuse pique de l'écrivain nigérian Wole Soyinka, « le tigre ne revendique pas sa tigritude, il bondit sur sa proie ». Il faut tout de même reconnaître que ce concept a été opératoire dans la situation historique particulière qu'était la période coloniale.
Rapprocher « négritude » de « algéritude » est un pari risqué. je le tente, avec bien entendu la claire conscience que ces deux termes, s'ils partagent une même dérivation sonore dans leur nomination, ne doivent en aucun cas être élevés au même rang de concepts, ni ramenés à des situations historiques identiques. Pourquoi donc les rassembler ici ? « Négritude », de par la définition qui lui est donnée, servirait de modèle pour éclairer sinon esquisser ce que pourrait signifier l'algéritude, une somme d'expériences qui se sont tissées, dans la diversité et l'adversité, depuis Massinissa jusqu'au hirak qui la matérialise aujourd'hui avec panache dans la lutte contre nos négriers. C'est une sorte d'anneau indéfinissable auquel s'encordent toutes les sensibilités des terroirs. Mais je dois faire appel à la métaphore senghorienne pour illustrer cette mixture : « Le zèbre ne peut se défaire de ses zébrures sans cesser d'être zèbre ». J'espère ne pas trahir la pensée de Senghor en identifiant dans zébrure l'âme qu'on ne peut séparer du corps sans s'abandonner à la mort. J'aime cette métaphore. Zébrure fait penser à un pansement de blessures.
Ici comme ailleurs les zébrures se sont dessinées au cours de la longue histoire ponctuée d'invasions et de brassages, de sang mêlés et de chants (r)accordés. Les pouvoirs répressifs se font et se défont, alors que les zébrures, belles ou laides, il faut un scalpel pour s'en débarrasser. En revanche, on peut en rajouter à volonté ! Le zèbre n'échappe pas à Darwin.
Il n'est pas interdit de reprendre sa part de zébrure et la greffer sur sa chèvre. Elle s'appellera Chèbre. C'est tout.
Cordialement.

A. Wamara,
7 août 2019