Classe et crasse.

par A. Wamara


« Je ne vais tout de même pas voter comme ma femme de ménage ! ».

Ce sont les propos d’une versaillaise. Ils sont rapportés par le Monde diplomatique de ce mois-ci (David Garcia). La dame apostrophait un militant RN qui lui tendait le programme de son parti lors de la campagne électorale pour les élections législatives de 2022. Visiblement, cette dame reproche au RN d’être trop populiste, ce qui, au passage, dénote un manque de clairvoyance quand on sait combien le parti d’extrême-droite s’en fiche royalement du peuple.
Cette phrase illustre fort bien ce que Pierre Bourdieu a développé dans son ouvrage « La distinction ». Cette dame vote, certes, pour ses intérêts, mais, au-delà de ses intérêts, elle s’interdit de voter comme une subalterne. Elle illustre ainsi une de ces phrases alambiquées et pleines de sens de Bourdieu : « mon goût, c’est le dégoût du goût de l’autre ». La versaillaise s’identifie à sa classe en l’opposant à la crasse à laquelle elle identifie sa femme de ménage.
Comment dès lors ne pas se réjouir à l’envi de l’élection d’une femme de chambre à l’Assemblée nationale, j’ai nommé Rachel Kéké qui a, par ailleurs, essuyé maints propos racistes et classistes dès son élection. Un don de Dieu qui fait pousser des hémorroïdes aux députés réac à chaque fois qu’elle prend la parole dans l’hémicycle. On les voit tous compassés sur leurs bancs comme si on tentait de les étrangler. L’accent de Kéké, sa tenue, sa verve qui tranche avec la langue énarque, agacent plus d’un et nous réconcilie un tant soit peu avec la représentation parlementaire. Elle est tout le contraire de l’entre-soi des nantis du capital culturalo-symbolique, pour parler comme Bourdieu. L’ivoirienne des colonies a installé officiellement « l’Histoire » dans l’Assemblée nationale.
Si ça continue comme ça, je vais finir par croire en Dieu !!!



A. Wamara
07/08/22