Lettre semi-ouverte au Général Gaïd



M. le Général,

Votre ex-collègue, j'ai nommé le Colonel Houari Boumédiene, avait en son "règne" interdit l'ancestrale écriture Tifinagh que des jeunes kabyles brandissaient sur des pancartes dans les stades, car ils pensaient enfin recouvrer leur histoire et leur identité après les multiples colonisations qui les ont mises sous le boisseau. Près d'un demi-siècle après, cette écriture Tifinagh trône aujourd'hui sur les frontons des mairies, au prix des dizaines de morts et de blessés handicapés à vie, victimes des armes de vos casernes. Voilà que vous remettez sur le tapis une autre intimidation au sujet du drapeau amazigh qui accompagne les manifestations du Hirak. Décidément, l'histoire ne vous a pas enseigné grand-chose. Nous invitez-vous à attendre encore cinquante ans pour reconnaître pourquoi nous nous sommes aussi battus contre le colon ? Voudriez-vous encore faucher nos enfants à la fleur de l'âge avant de consentir à regarder sans trembler l'Amazighité inscrite dans les nervures de la terre algérienne ?
Pour votre argument, vous sortez l'antienne de l'emblème national détourné et le sang de nos martyrs à dessein de semer le doute dans le mouvement de protestation qui cible vos pratiques et celles de vos amis. Visiblement, la seule leçon de l'histoire que vous avez retenue, c'est bien divide ut imperes (diviser pour régner) que vous revisitez avec de si gros sabots que même les sourds en ont entendu le vacarme. Cette tactique coloniale est pour le moins dépassée et trop moisie pour la faire avaler aux arrières et petits enfants de martyrs que vous invoquez indûment.
De grâce, laissez nos martyrs profiter de leur repos éternel, faute de participer vivants à vos agapes éhontées.
Mon père est un de ces martyrs. Je vous interdis donc, à compter de ce jour, de parler en son nom, de quelque façon que ce soit.
Cordialement.

A. Wamara,
fils de chahid
Juin 2019