L'exil et mes ex...

par Achour Wamara



L'exil et mes ex ... Je ne sais pas pourquoi, c'est l'été que l'exil se rappelle à moi qu'il est aubaine et peine.
Après tant d'années de déconvenues et de bienvenues, loin de la maison qui garde encore l'écho de nos vagissements, nous replongeons périodiquement dans l'âge du sevrage, au bon souvenir des siens anciens. Je ne dirais pas nostalgie, ça fait un peu pathos, c'est juste une réserve d'affects qu'on vient revisiter pour ne pas nous sentir perdus pour nous-mêmes et pour les autres. On a beau avoir souffert de la famine, de la guerre, de quelque fléau qui terrasserait la race dinosaure, on garde contre tous ces traumas quelque chose de substantifique qui tiendrait du remède pour âmes qui se vident. Il suffit d'un signe, aussi minime soit-il, pourvu qu'il partage un trait d'un souvenir enfoui (une arôme, un grain de voix, la blondeur d'un épi) pour que s'ouvre la boîte de Pandore des odeurs, des sons et des saisons. Un fruit sur un étal ? non, il n'a ni la texture ni le goût de celui jadis mangé à même l'arbre. Une poignée de cerises ? Non, je ne reconnaîs pas là les cerises-mamelles qui pendaient de mon cerisier jusqu'à ma fenêtre sans volets. Cette figue ? Oh là ! C'est blasphémer que de la manger, elle n'a pas la signature du pédoncule qui ornait celles de mon imperturbable figuier aux larges feuilles rugueuses. Cette huile-là ne vient pas de l'olive cueillie sous le chant envoûtant des mères besogneuses. Rien à voir avec la petite madeleine du bourgeois Proust à l'ombre de Combray, quoique ce génie ait ramassé tout mon blabla dans une seule phrase :

"Quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sous leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir." (À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann).


Achour Wamara,
Août 2018.