Élucubrations aoûtiennes : IX.

par Achour Wamara



"Si tu parles tu meurs, si tu te tais tu meurs, alors parle et meurs".
cette phrase attribuée au feu Tahar Djaout est répétée jusqu'à plus soif. Et elle m'interroge.
Un : je veux parler et ne pas mourir, je ne veux pas faire du djihadisme républicain. Si je me bats pour mieux vivre, je ne vais tout de même pas commencer par m'occire, ça coule de source.
Deux : si on se tait et qu'on meurt quand même, il n'y a donc aucune issue ? On meurt toujours ? C'est désespérant. Certaines situations s'y prêtent.
Supposons qu'on soit devant un peloton d'exécution. Quand les exécuteurs, fusils sur l'épaule vous pointent, vous avez le temps du choix de parler avant que la salve vous atteigne. Là, comme le prédit la phrase djaoutienne, on meurt sûrement, qu'on parle ou qu'on se taise. Autant alors dire quelque chose, genre "à bas la dictature" ou "je t'aime Nedjma".
Jésus sur la Croix a dit "pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font". Bon, ça se défend. Je le comprends, Jésus se confond avec le pardon. J'aurais aimé qu'il dise quelque chose de plus percutant, ou de drôle, comme l'ont fait beaucoup de condamnés à mort sur le chemin de l'échafaud. J'en citerai quelques pépites pour l'exemple :
1. Pierre-François Larcenaire, escroc et assassin, apprenant son exécution un lundi : "voilà une semaine qui commence mal".
2. Henri Désiré Landru, célèbre tueur en série, décline l'offre d'une cigarette avant d'être guillotiné : "c'est mauvais pour la santé".
3. Paul Valence, matricide, décline aussi l'offre d'un verre de rhum avant son exécution : "Non, merci, quand je suis ivre, je ne sais pas ce que fais".
Et d'autres paroles encore dites pour ne pas mourir taiseux.
Permettez que je torde un peu la phrase de notre regretté Djaout, en m'inspirant d'une citation fort célèbre de Bertolt Brecht à propos de la lutte en politique. Je la reformulerai ainsi : "Si tu parles tu risques de mourir, si tu te tais tu es déjà mort".
Autrement dit, il vaut mieux risquer de mourir en parlant que mourir en restant vivant.

Hasta la muerte ?