Élucubrations aoûtiennes : X.

par Achour Wamara



J'en jette.
Pas au sens où vous l'entendez.
Soyons modeste.
Je veux parler de mes vieilles affaires. La déchetterie est une aubaine. On est surpris par toutes les curiosités qu'on découvre dans sa cave, des objets dont on a oublié jusqu'à l'existence. Bric-à-brac, mais aussi des souvenirs qu'on a abandonnés comme des chiens sur la route, soit pour les remplacer par plus toc, soit pour faire de la place au nouveau chaton.
Toujours est-il, c'est avec un petit ou grand pincement au cœur que vous allez vous résoudre à les jeter. C'est là qu'on éprouve le besoin d'envoyer un SMS à Freud pour lui demander conseils. Car se séparer des choses qui vous ont longtemps accompagné n'est pas sans faire naître chez vous un sentiment de castration.
C'est ce qui m'est arrivé. J'ai trouvé au fond d'un carton un petit tapis berbère fait main, je me demandais (ma mémoire fait des siennes) s'il n'a pas été tissé par ma tata qui était plus belle qu'une pleine lune. Jeter or not jeter ? Là est la castration. Qui s'accouple à la trahison. J'avais mal à ma quenouille. Je sentais sur moi l'odeur de la laine originelle collée à ma peau comme la tunique de Nessus. M'en débarrasser me permettrait de (mé)tisser plus large et plus chatoyant, sans toutefois ombrager mon rayon lunaire.
C'est ce que j'ai fait : au bord de la benne de la déchetterie réservée aux objets recyclables, j'ai, dans un geste solennel et pathétique, déposé délicatement mon inoubliable Nefertiti.
J'y ai versée une larme fleurie.
Elle parfumera le cimetière des manques sans remèdes.
Horigine !