Yemma Djidja

par Achour Wamara



J'ai fait un rêve étrange. Je me trouvais dans une forêt aux couleurs automnales au milieu de laquelle une femme centenaire allumait un feu. Attiré par la sérénité qui s'en dégageait, je m'approchai d'elle et j'y vis les traits d'une ancêtre. Elle me dit tout de go : - Te souviens-tu de la disette où pour sustenter l'on cueillait la figue sèche à même les trous des murs ? Te souviens-tu du repas de midi reporté au soir ? Te souviens-tu de l'innocence à la jambe amputée ? Te souviens-tu du Sage avec son visage à l'éclat de fer blanc, une balle sous la paupière nous regardant comme un troisième oeil ? Te souviens-tu de la statue de Giacometti ? C'était mère-grand que j'ai tirée des flammes. Te souviens-tu de la visite quotidienne de la folie qu'il fallait chasser le coeur serré de remords ? Je lui répondis ceci : - Oui, je m'en souviens. Ma pupille en est greffée. Et quand bien même je perdrais toute ma mémoire, ces souvenirs se miroiteront dans chaque larme versée sur ton manque. - Va, me dit-elle, romps le deuil. Sinon, je mourrais deux fois. - A bientôt, répondis-je spontanément. Elle disparut dans un froufrou de vol de perdreaux.


Achour Wamara,
Juillet 2018.