Les oignons

par Achour Wamara



Sans doute, Anne Frank est la plus célèbre des confinés. Deux ans de confinement avec sa famille dans une Annexe pour tenter sans succès d'échapper aux Allemands. Le confinement d'aujourd'hui apparaît dès lors comme la pisse de chat devant ce qu'a enduré cette adolescente.
Pour notre confinement, point de SS, ni besoin de Justes tels que Kugler, Kleiman ou Miep Gies, quoique, toute proportion gardée, l'on puisse invoquer nos Justes que sont nos soignants.
J'ai dû, à ma petite échelle, subir plusieurs confinements pendant la guerre d'Algérie. Je me souviens précisément d'un confinement d'une semaine lors d'un ratissage de Bérets verts qui essaimèrent sur notre village comme des méchants Martiens. Nous étions trois familles dans une minuscule maison, sans eau (la fontaine se trouvait en contrebas du village, inaccessible), et sans nourriture autre qu'un sac de jute plein, heureusement, d'oignons. Chaque oignon prenait pour nous la valeur d'une pomme qui a traversé les sept Mers. C'était un été caniculaire. Les mères donnaient à boire leur urine à leurs enfants.
Nous y avons survécu grâce aux oignons que nous mangions pelure par pelure.
C'est pourquoi, je me suis fait un stock d'oignons. Rien que des oignons. Je laisse les tonnes de pâtes des supermarchés aux "con...finis" qui les accumulent.

A. Wamara,
21 mars 2020