Comorbidité, sauve qui peut !

par A. Wamara



Je panique. Faut pas se leurrer, y aura pas de vaccin pour tout le monde. Une fois les premiers servis, les autres attendront tremblotant de trouille que la Covid fonce sur eux comme un busard sur un rat des champs.
Heureusement (!), la comorbidité donne droit au vaccin. Je me suis soumis tout seul aux tests des facteurs de comorbidité, et, eurêka, j'en ai trouvé un qui me concerne : troubles psychiatriques.
Non, je ne plaisante pas. Le confinement a eu raison de mes nerfs. Les psys sont actuellement surbookés, leurs salles d'attente ne désemplissent pas de niqués de la mal gouvernance. Ça m'a coûté bonbon, 70€, j'aurais pu faire avec ça un don de salaire mensuel à un Bengali qui travaille chez Nike.
Le psy, compréhensif, m'a décelé un syndrome de Münchhausen qui, dans mon cas, se décline en une simulation d'envie de tuer, pas le père (trop facile), non, dézinguer un fils d'Adam que je n'arrive pas à identifier malgré la liste des candidats pressentis que je lui ai presentés, tous les autocrates de la planète, de Nétanyahou à Jupiter, mais aucun d'eux ne trouve grâce à mes yeux pour mériter la noblesse de mon estocade.
Ma future victime doit être de loin plus respectable que ces chenapans.
Toujours est-il que le psy m'a gratifié d'une attestation en bonne et due forme qui donne droit au vaccin pour le timbré que j'ai à peine joué.
Le lendemain de ma consultation, avant même que je me fasse piquer, ma future victime s'est spontanément présentée à moi, comme ça, à l'improviste, sans crier gare : "coucou, me voilà, finissons-en".
Vous ne devinerez jamais qui c'était.
Incroyable ! Vraiment incroyable !


L'illustration, "Autoportrait", d'Egon Schiele, 1912