Le haricot et le chien …

par Achour Wamara



La saison estivale est propice aux rêveries des promenades solitaires, bains des forêts, marches au rythme du soleil couchant, frou-frou des feuilles révérencieuses, compagnie des plantes hospitalières chez lesquelles nous ne prenons jamais assez de leçons sur la résilience et l'endurance, les stratégies de survie et d'entraides. Sur la solidarité, elles surpassent de loin notre espèce plus prompte à (s'auto)détruire qu'à se penser dans un futur de convivialité inter-espèces. Elles nous surprennent par leurs comportements « intelligents » jusqu'au civisme, tel celui des pins dont les aiguilles des cimes évitent de se toucher pour laisser à chaque conifère la part de lumière et d'espace dont il a grandement besoin. Les plantes, nous le savons, s'échangent de la nourriture à travers le réseau racinaire par champignons interposés. On ne compte plus le nombre de plantes qui, quand elle sont agressées, jouent aux lanceuses d'alerte en avertissant leurs voisines d'une attaque imminente afin qu'elles développent des toxines pour se protéger. Certaines, par des subterfuges variés, appellent au secours des insectes « amis» qui viennent les débarrasser de leurs agresseurs.
Sur cette question, entre autres, de solidarité, il y a entre le règne végétal et le monde du travail d'aujourd'hui un fossé abyssal que ne remplirait pas toute la flore. Les lieux de travail sont infestés de chiens de garde qui vendraient leur mère pour gagner quelques échelons. On les qualifierait volontiers d'Organismes Managérialement Modifiés (OMM), toxiques à souhait, tant ils sont acquis à la raison sans foi ni loi du management spécialisé dans le Out : burn-out, bore-out, brown-out. La comparaison avec les plantes n'est ni fortuite ni gratuite. Les plantes, dans leurs échanges de loyaux services, sont plus solidaires que cette race crasse de chiens rampants qui font penser au Roundup Monsanto : éradiquer de l'entreprise les valeurs de la solidarité syndicale au nom de l'optimisation et du rendement… et surtout de l'intérêt particulier. Les syndicats ont maille à partir avec ces charognards qui bouffent la chair de leurs collègues jusqu'à les pousser au suicide. Le haricot de Lima, rusé comme un apache dans la lutte pour sa survie, mérite plus de respect que ces chiens voués de toute façon à la carnivorie de leurs supérieurs qui s'en servent comme certains insectes de leur pénis : ils s'en débarrassent après copulation.

Rien à dire, l'homme s'est vraiment planté !

A. Wamara
1er août 2019