Animal à l'aise...

par Achour Wamara



La souffrance animale n'intéresse pas que les défenseurs de la cause animale, elle est aussi interrogée par les philosophes. Tout le monde s'accorde à dire que l'animal peut souffrir encagé, au laboratoire, et à l'abattage.
Malgré la reconnaissance de cette souffrance, on continue à manger la viande animale dont on sait qu'elle est issue d'un meurtre. Bien sûr, beaucoup de gens se disent incapables de faire du mal à une mouche tout en mangeant cette viande produite par des mains "assassines". Cette délégation de la mise à mort et de la souffrance faite à l'animal (et pas que !) est connue des psychologues. Rappelons la fameuse expérience de Stanley Milgram : des étudiants engagés pour l'occasion dans son laboratoire devaient appuyer sur des boutons qui infligeaient des souffrances de torture à une personne (ils ne savent pas que c'est un comédien). Aux cris du "torturé", ils pouvaient appuyer sur des boutons qui infligeaient en gradation des souffrances de plus en plus aigües, jusqu'à la mort. Et ils ne s'en sont pas privés. La conclusion de Milgram, c'est qu'on peut commettre des atrocités quand on est couvert par une autorité ou une institution, ce qui est le cas ici puisque c'est sous l'égide et la responsabilité du psychologue qui supervisait l'expérience que les étudiants se sont acquittés de toute morale.
La défense du SS Adolf Eichmann dans son procès à Jérusalem s'était appuyée sur cela en arguant qu'il avait agi sous des ordres supérieurs qu'il ne pouvait contester sans risquer sa vie.
Sur un autre plan, on peut se poser tout simplement la question sur la légitimité de manger la viande d'un être vivant. Si oui, pourquoi ne pas manger la viande humaine ? À moins d'établir une hiérarchie des êtres qui conduirait à la hiérarchie des souffrances. Les esclavagistes, les Américains au Vietnam, les colons dans les colonies, avaient trouvé la solution pour justifier leurs forfaits et tueries en décrétant une catégorie de sous-hommes. Est-ce le même procédé que nous utilisons vis-à-vis des animaux ? Des "sous-êtres" ?
Ne perdons surtout pas de vue qu'il y a mort d'être à chaque fois que nous nous mettons à table pour manger une viande.

Bon appétit.... euh... bon courage !!

PS. Ne m'en voulez pas si j'ai dit des bêtises, j'ai écrit ça après un verre de petit lait (ma bière blanche !)

A. Wamara
16 Juillet 2019