Algéristan...

par A. Wamara


Détenus d'opinion en Algérie, voilà un sujet dont tout le monde semble s'accommoder, excepté une poignée d'organisations des Droits de l'Homme. De vrai, l'épée de Damoclès plane sur tout algérien qui se hasarderait à remettre en question les lois scélérates dont le régime use et abuse sans modération. Ça n'est pourtant pas le cas de certains Algériens que protégerait leur célébrité contre l'incarcération arbitraire que subit le commun des mortels. D'où l'espoir placé en eux qu'ils s'indignent de la chasse actuelle à l'opposant politique. On s'attend à ce qu'ils rivalisent avec le fameux Manifeste des 121. Apparemment de ce côté-là, ça tourne autour du pot sans jamais s'approcher du cachot. Chaque fois qu'une occasion en or se présente pour interpeller le pouvoir sur la question, la/le célébritissime trouve que ça n'est ni le lieu ni le moment pour un tel soutien. Sans doute pour le lieu faut-il le faire depuis le Bantoustan, et attendre, quant au moment propice, que les poules se seront fait faire des implants dentaires.
Une idée : il est d'usage que des conférenciers commencent leur speech par un bismi-llah Rrahman Rrahim (Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux). Il suffira pour cela d'ajouter après cet incipit la pépite "Au Nom De La Démocratie Libérez Les Détenus D'Opinion". Si c'est trop long, dites-le en abrégé : ANDLDLLDDI... Sauf que la police politique n'y comprendrait goutte, et ça serait un coup d'épée dans l'eau. Il faut donc y aller franco, sachant, en principe, que la notoriété vous évite la geôle. "On n'arrête pas Voltaire", a dit De Gaulle à la police qui vient lui proposer l'arrestation du trublion Jean-Paul Sartre. De même, Nasser, au lendemain de son coup d'État contre le roi Farouk, aurait dit à ses sbires qui voulaient arrêter la diva Oum Kaltoum pour avoir été amie avec le roi destitué : "Ne me demandez pas d'arrêter une pyramide de Gizeh".
Oui, vous m'objecterez que le régime algérien arrêterait Voltaire et Rousseau enchaînés en forçats ensemble, il détruirait toutes les pyramides d'Égypte sans sourciller, et ce au nom de "l'intigriti territouurièle et l'onnitté nationnnââle". Ouille ! Pause. Faut que je respire un chouia. Une aspirine. Un peu de courage Achour. Faut pas désespérer la Casbah.


A. Wamara
23/7/22