Algéricides


par Achour Wamara
Septembre 2018
Voir n'est pas savoir, dit le philosophe. C'est de cette assertion que je tire une certaine autorité pour parler de l'Algérie depuis un pays « repli » contre lequel on s’était de surcroît saigné pour s’en libérer. Oui, notre raison s'entortille dans des inepties quand le coeur est chamboulé par le dépit. Cela ne nous empêche pas, comme tout Algérien dé-raciné, d’avoir un coeur d'or et de pierre, aux ventricules qui se livrent bataille, condamné un jour à se faire hara-kiri. C’est donc la tête chenue peignée par l’exil honteux que j’ose effleurer les travers de cette Algérie qui me traverse comme un éclair dans un ciel automnal.

Il semble que chaque jour que Dieu fait sans demander à personne ni d'aide ni d'encouragements plonge pour autant un peu plus l'Algérie dans la cupidité carnassière et la bigoterie qui ânonne plus qu’elle ne rayonne. C'est à croire que le pays est sous l'emprise de Circé, non qu'il y manque des Ulysse, il y en a beaucoup quoique avec boussole et sans bateau et prêchant dans le désert où le groin se mue en deuxième cerveau, mais parce que Ithaque n'est plus qu'elle était et Pénélope s'est vu casser sa quenouille par les incultes prétendants au Trône qui ont inventé un Dieu mutique auquel ils prêtent toutes sortes de désirs et de velléités qu'ils psalmodient comme des grenouilles d’un étang embourbé. Vite s'empiffrer jusqu'à plus soif avant que notre Dieu ne meure. Telle est leur "devise".

Pessimisme ? Oui ! Abdication ? Non ! Naïf ? Ceci n'est qu'un point de vue d'un pourceau qui lutte pour retrouver sa forme humaine.

A. WAMARA, août 2018