Algérassidi Park

par Achour Wamara



Tout le monde s'accorde sur la nécessité de se débarrasser à jamais du "système" qui, tel un monde de dinosaures, s'est "géantisé" en largeur et en hauteur en bouffant tout sur son passage.
Mais pour ne pas, comme dans Jurassik Park, par un subterfuge génétique, des mal intentionnés s'adonnent à redonner vie à des oeufs dinosauresques, il faut dès à présent mettre des gardes-fous pour s'en préserver.
Je vais donc comme tout un chacun mettre à mon tour une idée et demie dans le panier collectif, non des doléances mais des propositions.
Au-delà de l'aspect économique qui demande plus d'expertise, il y a trois piliers qu'il faut d'urgence traiter dans la franchise révolutionnaire, sans quoi on aura à faire face à de nouveaux dinosaures "génétiquement" modifiés, beaucoup plus futés et affûtés.
Je suis conscient que ces piliers mis sur la table et tout de suite risquent de transformer le romantique "khawa khawa" en redoutable "debza debza".
Je veux parler de : 1. l'armée; 2. la religion; 3. Tamazight.
1. L'armée : inscrire dans la constitution la non ingérence de l'armée dans les affaires autres que celles qui relèvent de ses fonctions traditionnelles, à savoir, pour simplifier, la protection du territoire. La colonisation qui s'est terminée par la guerre d'Algérie nous a appris combien une armée organisée est indispensable pour un pays dans un monde carnassier. Nous avons souffert de ce manque et nous l'avons chèrement payé. L'armée algérienne est née de ce combat, à tâtons. Pour cette raison, nous lui devons respect. Mais cet héritage légitime du combat est d'ores et déjà fort et excessivement consommé. Nous la respecterons si elle respecte nos suffrages qui s'expriment dans des élections qui élisent des civils et non des militaires. Retour donc, comme le disent les manifestants, à la primauté du politique sur le militaire, principe cher à Abane Ramdane. Le consensus sur ce retrait politique du militaire semble acquis chez les Algériens, Debza sera donc plutôt du côté du sabre qui n'a jamais connu le fourreau.
2. La religion, l'islam en l'occurrence : la constitution doit bannir toute référence à la religion. Si l'Etat doit préciser sa gestion du culte, il doit le faire dans un texte contractuel et non dans le corps de la constitution. La religion se réfère au divin qui, par définition, ne souffre d'aucune discussion citoyenne. La dictée divine obéit à une grammaire et une syntaxe étrangère au terre à terre du temporel. Et puis la dictée, elle est faite pour traquer les fautes. Pauvres enfants que nous sommes. Rien dans ce qui est dit ici ne doit diminuer le sentiment de croyance. Si le croyant musulman, particulièrement le politique, veut aider le temporel en puisant dans le texte sacré des valeurs de partage, de solidarité, de fraternité ou de miséricorde, qu'il le fasse au même titre que les grands penseurs qui interrogent ces valeurs. Nous sommes preneurs. Pas "au-delà" ! On devine que sur cette question Debza l'emportera sur Khawa.
3. Enfin Tamazight : l'inscription de Tamazight langue nationale et officielle dans la constitution est pure forme puisqu'elle n'est pas suivie d'effet. On sait qu'il existe encore des Algériens timorés qui préféreraient étudier le Bushman plutôt que Tamazight. Grand bien leur fasse. La constitution doit rendre obligatoire l'enseignement de Tamazight, de l'Est à l'Ouest et du Nord et Sud de la belle Algérie ! Et avec les moyens budgétaires qu'exige un tel programme, un ministre à l'amazighité, des échéances précises, la constitution d'un délit pour quiconque se soustrairait à cette obligation d'apprendre une langue nationale et officielle. Près de 60 ans après l'indépendance, nous en sommes encore là à essayer d'argumenter et pinailler sur cette question. Un scandale !
Si à l'issue de ce mouvement de protestation qu'il faut espérer salutaire Tamazight n'est pas élevée au rang et à la hauteur des ambitions culturelles et identitaires algériennes, l'os amazighe se durcira, s'il ne l'est déjà, et la chair algérienne se consumera... Dans sa chute.

Et Tahya ldjazaïr !
Quand même !

A. Wamara, mai 2019