L’Aïd : journée du pauvre ?

par A. Wamara
2 mai 2022


Des journées de ceci et de cela, il s’en invente tout le temps. La journée des caniches existe, si je ne m’abuse. Why not ? Cependant, il est des journées plus, disons, nobles que d’autres. L’Aïd en est une. On pourrait le baptiser « journée du pauvre ». Le Musulman est appelé ce jour-là à s’acquitter, entre autres, de l’aumône pour les pauvres. Le mois de jeûne est une épreuve de la faim, un signe de solidarité avec les pauvres dont la privation est le lot quotidien, quoique certains jeûneurs prennent durant ce mois un peu de ventre en abusant nuitamment des sucreries !!
Voici donc venir le jour où tout un chacun peut montrer sa générosité envers les démunis, sachant qu’on est toujours plus ou moins démuni qu’un autre. Tout le monde peut donner à plus démuni que soi. Mon ami Jésus avait dit très justement qu’il faut donner « à l’autre de son nécessaire » (L'évangile de Saint-Luc), autrement dit, donner de son peu et non de son trop. Il se trompe en calcul le riche qui pense qu’en faisant des largesses il s’assurerait au paradis le premier gradin aux côtés du Prophète, « ses richesses et tout ce qu’il a acquis ne lui serviront à rien » (sourate CXI, « La Corde », verset 2, trad. D. Masson).
S’il est une chose que partagent les religions du Livre, outre l’unicité de Dieu, c’est bien l’empathie envers les pauvres. « Quand au mendiant ne le repousse pas » invite le Coran (Sourate XCIII, « La clarté du jour », verset 10, trad. D. Masson).
Il y a tout de même quelque chose qui me turlupine dans ces incitations à donner au pauvre sans toutefois suggérer une idée sur le pourquoi de cette pauvreté. Statu quo du système, dirait-on aujourd’hui, « rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Jésus, « Les Évangiles », le Christ reste quand même mon ami !!).
Le croire primerait donc sur la correction des inégalités sociales nées de l’injustice des hommes. On sait que ces inégalités ne sont pas le fait du hasard, encore moins de la nature. Par sa piété, le croyant exploiteur s’absoudrait-il ici-bas de sa luxure faite avec la sueur des exploités ? Ne serait-il pas plus juste de dire que si l’on ne doit pas repousser le mendiant, on devrait, pour autant, le pousser à la révolte contre sa condition ? On compléterait volontiers la formule attribuée à Mao Tsé Toung. « Ne me donne pas de poisson, apprends-moi plutôt à pêcher », par « ne me donne pas par pitié ni par piété, apprends-moi à bien lutter ». Pauvres de tous les pays unissez-vous ! (Wamara Marx !!).
À y réfléchir d'un peu plus près, hors religion, les impôts laïques seraient finalement des dons, dons certes contraints, mais ils sont mis dans une cagnotte commune pour être théoriquement utilisés à bon escient, redistribués équitablement, et assister les plus fragiles d’entre nous. À la condition que le citoyen les paie à hauteur de ses ressources, ce qui est loin d'être le cas. Zéro ISF et compagnie. C'est la raison pour laquelle je suis à la trace chaque euro que je paie en impôt. Il va où? À l'école? L'hôpital? L'armée? Les petits fours de l'Élysée ? Le patronat ? Faire de la politique, c'est aussi se soucier des 2 centimes prélevés en TVA sur le paquet de chewing-gum que j'achète. Je leur colle aux basques pour savoir dans quelle caisse ils vont tomber. Car, ça peut parfois vous retomber sur la tête sous forme de matraque. Les gilets jaunes en ont fait les frais. Rendez-vous compte ? Vous payez des impôts redistribués en salaires pour les CRS qui vous passent à tabac. En fait, vous payez pour qu'on vous bastonne. Dans ce cas, pas la peine de passer par des impôts, je peux vous arranger l'affaire, service à domicile, je viendrai vous corriger comme il faut, professionnel, juré, et c’est payé au SMIC, j'accepte les pourboires.
Et mes centimes refilés au patronat en crédits d'impôts ? C'est comme si je rendais à mon patron mon salaire gagné à la peine. Vous voyez, quand vous dites "ah moi, surtout pas de politique !", vous avouez en même temps votre servitude volontaire avec en prime une belle torgnole. Moi, c'est simple, quand Macron se cure les dents, je m'informe pour savoir si son cure-dents n'est pas réglé avec les deniers publics, c'est-à-dire avec les 2 centimes piqués sur mon chewing-gum.
Le don, ça peut donc mener loin, très loin.
Tenez, ce matin de l'Aïd, en sortant de la boulangerie avec 4 cornes de gazelle, j'ai été abordé par un jeune mendiant qui m'a demandé 2 euros. Deux euros ? Il n'y a pas si longtemps c'était un euro. Tout augmente actuellement. Évidemment, je lui ai donné les 2 euros, et 2 centimes coincés au fond de mon porte-monnaie. J'anticipe sur la TVA qui sera bientôt prélevée sur les dons aux mendiants. Vaut mieux prévenir pour bien tenir, quitte à ensuite honnir. Confiance à Macron, il a déjà sucré les 5 euros d’APL aux jeunes étudiants qui font la queue devant les restos du Coeur.
Fidèle aux principes préconisés plus haut, j'ai tenté d'aller au-delà de mon don, pousser le jeune mendiant à réfléchir sur sa condition pour en sortir, à s'indigner contre les responsables de sa déplorable situation. Comme je ne soigne pas, loin s'en faut, mon apparence physique, ni vestimentaire, ni n'applique quelque onguent sur mon visage ridé, je parais à tout venant très atteint, voire cassé. Et j'ai compris pourquoi une cliente sortant de la boulangerie après moi m'a tendu l'air contrit une pièce jaune. Peut-être pensait-elle aussi à son tour me pousser à ...


A. Wamara
2 mai 2022
Bon Aïd aux Musulmans.