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Vies à vis ...

Photo de Halim zenati
Photo de Halim Zenati

"Visa ! à vie" est somme toute une expression banale. Au premier regard, il ne dénoterait rien de plus que le dur désir d’exil. Mais le mur algérien, faute de vous en arracher, vous dicte quand il ne vous crache pas à la figure tout un condensé saignant de frustrations et de mal-vie. Point, dans cette littérature de muraille, de missives adressées à quelque dulcinée, l’unique cible visée ici se trouve être le pouvoir, ou plutôt ses manquements dont seule lghorba semblerait combler.
Retournée, l’expression visa à vie se lirait syllabiquement vie à vis, vie vissée, grillagée, à l’image de cette tache noirâtre à droite de l’écriteau : Est-ce un ancien cachot ? Un vide-ordures ? Un guichet sourd pour doléances ? Une boîte aux lettres pour destination inconnue ? La cache d’Ali La Pointe ?
Ce mur abîmé, a-t-il subi l’épreuve des balles ? Est-il témoin d’une guerre ? (laquelle ?). Le coup d’œil du photographe nous offre ici un palimpseste où règne la confusion des temps, où l'histoire aime bisser en farce.
Il y a toute une épaisseur d’un passé qui n’est pas encore passé. Ironie de l’Histoire, visa à vie interpellerait aussi et surtout notre éternel vis-à-vis, j’ai nommé notre ex-colonisateur qui affectionne en ces temps de retour à Bugeaud et autres Borgeaud le slogan « aimez-la ou quittez-la ». L'Algérien, lui, quitte son pays sans quittance. Il s'en éloigne comme on renonce à une bien-aimée souillée par une bande de goujats. Gageons qu'il lui reviendra une fois revenu de tout. Visa et fissa ! Surtout ne pas se retourner sur Sodome et Gomorrhe, c’est déjà assez d’être cloué au sol par les disciples d’Hérode qui hogrise jusqu’à la lie.
Mais, belle indifférente, l'Algérie vit sa vie. Elle meurt pour un visa pour la vie, contre vents et marées. Contre le renoncement. Si ses murs suintent de dépit, elle nourrit un espoir : un visa à vie pour les despotes qui l'asservissent à l'envi.


Achour Ouamara (avril 2003)
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