Dé-lire

délire Qu'on sache que c'est dans le vomi, à ras la bile, que j'ai dû coucher ces lignes, dans la détestation inextinguible de ma turpitude dont je m'efforce péniblement de me délester. Qu'on se le dise, j'atteste que je suis né d'une gousse d'ail fécondée par un hamster un vendredi matin vers les coups de six heures. J'ai adopté le chiffre trois, je passe de zéro à trois, les deux premiers n'admettent pas la contradiction. Ils m'ont accablé et je les ai tués. Ils sont morts. Si vous en doutez, consultez un maharadjah qui officie rue Arlequin. Quand bien même mes acrobaties de funambule à la barre chancelante dérouteraient plus d'un, je m'emploierais sans dessiller à me faire haïr définitivement. Je n'ai rien dit et vous me haïssez déjà. C'est moi qui dois haïr. Pour ce faire, je m'exerce à me prendre en horreur. D'abord exécrer ma souche à en faire un presse-papiers, et rêver sans gêne d'une généalogie qui me situerait dans une grande lignée de rois pervers. Peu me chaut l'opinion des roturiers frustrés de houris, ni de celle qui punit l’iniquité des pères dans leurs enfants. Des deux verrues de Dieu, j'hérite de l'œil de Caïn qui survole, en déféquant, tous les champs de prière. Je n'ai point d'offrande à refuser. On m'a donné un voile, je l'ai dénoué en suaire. Il sied à la mouchure. Si fort à tripler mes narines. Dégager. Si l'on doit expulser la roupie, autant multiplier les orifices. A l'appel de la source en quête de fidélité, j'oppose dans l'extase la souillure de mes acides missives où le mot hybride, sans le soutien du geste aïeulal, embrouille la stricte et mécanique observance du rite enivrant des cultures inoxydables. Pour renier ma mère et mon burnous, je me dote d'un masque impassible, me suspends au cou un vert talisman qui me blanchit dans les passages étroits, et mène mon membre enturbanné et vaniteux au rendez-vous des castrats. Je sais aussi, en rat d'égout enragé, me faire versatile dans l'emprunt des chemins de traverse, non à la recherche d'un fier et replet Nord, mais pour que chacune de mes morsures m'engraisse d'un sang impur. S'ensauvager et ne reculer devant rien pour desserrer et embrasser fil par fil la trame tissée par des mains sûres de leurs métacarpes purulentes. Affronterais-je quotidiennement la coiffe de la trahison dont je fais ma marotte, je continuerais à sévir sur les troncs qui refusent les vents d'automne. Et si je médite derrière mon front têtu l'assèchement des racines réfractaires de la naissance fatale, c'est pour en faire un humus aux plus inédites bâtardises. Qui sait, un hermaphrodite dragon à mille têtes en naîtra peut-être pour m'accueillir en auxiliaire, et nous jouerons à semer la panique dans le cœur des fières races. Et nous inventerons les identités biodégradables. A quoi sert le bec si ce n'est pour couper l'aile coincée entre le Clochet et le Minaret, et se jeter à corps perdu dans l'eau, redevenir algue indigeste ou arbre pélagique né d'une épave, sans branches, offrant en obole ses maigres racines à un soleil absent, ou poisson paranoïaque ayant perdu le sens de la nage, dans l'espoir d'en découdre avec les obsédants fossiles de ses ancêtres ? Ça vaut toutes les migraines de l'écartèlement.
A bas Mahomet ! A bas De Gaulle ! Ah non ! Pas De Gaulle, quand même ! Oh ! Eh ! Faut pas non plus … Stop là. Dans l'offense et l'insulte, comparaison n'est pas raison. Avions surpassent yatagans ! Pige ?
Qu'importe, me voilà délirer sur le prurit de la souche qui réclame son dû de morts et de nostalgie, elle ne vous lâche pas avant que vous n'ayez avoué votre idylle pour la trahison, pour la fleur qui vous a sifflé passant votre chemin. Bah ! Maintenant, toi, dis-moi qui tu es, et je te dirai qui tu hais, qui tuer même. Je te quitterai ensuite. C'est ainsi que je répondrai pour tous et pour tout. Il ne sera pas dit que je n'ai pas averti. Et ne me demande pas de motif de guerre. J'étouffe sous ce drap. Que sont ces émanations mortelles ? Il fait sombre, et je sens la terre me recouvrir. C'est quoi ce bruit d'enfer ? Y a quelqu'un ? J'entends des voix. C'est quoi votre nom ? Dites, c'est quoi votre… »


Achour Ouamara (janvier 2014)

Achour Ouamara
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