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Le Coran alternatif....


par Achour Wamara
avril 2018
Changer le Coran. Tel est le vœu du Manifeste contre « un nouvel antisémitisme » en France, publié dans le Parisien ce dimanche 22 avril 2018, signé par de nombreuses personnalités (près de 300 signataires). Ils demandent « que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par (le concile) Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime ». Ils ajoutent : « Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie. » Ils exhortent ainsi les autorités théologiques musulmanes de France à statuer sur ces sourates incriminées pour en quelque sorte les « retirer » du texte coranique. Et l'antisémitisme en prendrait un sacré coup de mou ! J'avoue, pour l'athée que je suis, ne pas comprendre la finalité de cette démarche. Car j'y ai lu comme un appel à casser le thermomètre pour faire tomber la fièvre.
Les signataires de cette pétition sont assez avertis pour savoir que cette demande est au-delà du simple pouvoir d'un imam de France. Loin d'être niais, ils savent aussi que, pour les Musulmans, le Coran est incréé, il est dicté sans médiation au prophète Mohammed. Il tient sa sacralisation dans les conditions de son énonciation même. Dès lors, tronquer ou renier ce texte, c'est remettre en question la parole divine, un sacrilège qui déclencherait une pluie d'accusations d'apostasie que la majorité des croyants musulmans partageraient sans doute.
De vrai, l'antisémitisme larvé et bien sédimenté a toujours existé dans les pays arabo-musulmans, et, faut-il ajouter, qu'en Occident, il n'avait nul besoin de Coran pour aboutir à la Shoah. Les groupuscules nazis et identitaires renaissent ça et là, parfois la Bible entre les mains.
Il va sans dire qu'aucun argument, ni raison, si ce n'est la raison bêtasse, ne peuvent justifier l'antisémitisme, la xénophobie ou le racisme. Mais c'est un peu de mode que de réduire les causes de l'antisémitisme des islamistes radicaux à la seule autorité du texte coranique. C'en est qu'une partie de la vérité. L'analyse de l'antisémitisme contemporain requiert d'autres facteurs qui le nourrissent, je veux parler ici de l'impunité de la colonisation brutale, voire raciste, de la Palestine par l'Etat d'Israël. L'antisémitisme n'aura de cesse de prospérer sans le règlement du conflit israélo-palestinien. De surcroît, les ultra-orthodoxes israéliens s'appuient sur la Thora pour justifier la colonisation et son content de victimes. Stopperait-on cette colonisation en rendant caduc un des dix commandements ?
Autant il est fallacieux et criminel de justifier l'antisémitisme par la colonisation de la Palestine, autant il est ruineux pour la pensée que de préconiser le reniement d'un texte sacré au motif qu'il inspire des illuminés. Les signataires auraient été plus inspirés de proposer une lecture critique et historique du Coran, mais sans toutefois prendre argument pour la lutte contre l'antisémitisme.
Pourquoi donc ces signataires si avisés se lanceraient-ils dans cette « aventure » s'ils savaient pertinemment qu'une telle demande serait irrecevable ? Il y a peut-être dans cette démarche un tantinet de fourberie. Les institutions musulmanes de France failliraient à leurs yeux si elles ne répondaient pas à leur requête. Dès lors, il serait aisé aux signataires de les accuser de tiédeur dans le combat contre l'antisémitisme, et de fil en aiguille d'antisémites.
Achour Wamara
avril 2018
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