La banalité du mal

par Achour Wamara



"La banalité du mal" est un concept forgé par Hannah Arendt suite au procès à Jérusalem du nazi Eichmann accusé de la déportation en masse des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale. Cela a d'ailleurs valu à Arendt beaucoup d'inimitiés, y compris et surtout chez ses coreligionnaires. Elle disait d'Eichmann que ça "n'est pas une figure démoniaque, mais plutôt l'incarnation de l'absence de pensée chez l'être humain", au sens où l'obéissance à l'ordre, qu'il vient d'un supérieur hiérarchique ou d'un Dieu Tout puissant, dispense de toute pensée autonome qui verrait quelque humanité dans la victime visée qui devient transparente. Cette "absence de pensée" absout de tout. Ni culpabilité, ni compassion. Pour l'exécutant, la cause invoquée et sa raison sont hors-sujet de la réflexion du commun des mortels. Ce concept de "banalité du mal" éclaire l'actualité de tous ses tranchants éclats. Et cette "absence de pensée" qui lui est consubstantielle atteint, toute proportion gardée, plus d'exécutants qu’on ne le croit : du fameux Colonel Paul Tibbet qui lâcha sans sourciller la première bombe atomique sur Hiroshima le 6 août 1945, jusqu'au conducteur de la semi-remorque sur la Promenade des Anglais à Nice en ce 14 juillet 2016, en passant par Daech, Bachar El-Assad, le "syrial killer", et les pilotes de la "coalition" qui larguent à vue et sans discontinuité des bombes au Moyen-orient.
Oui, le mal est défaite de la pensée. Et c'est mal servir cette dernière que de "perroqueter" à longueur d’année les mêmes banalités sur le terrorisme et les manières de s'en débarrasser.

Achour Wamara, 16 juillet 2016