Pèse-mots.

par Achour Wamara



J’ai traficoté ma balance pour rendre mes mots plus légers qu’ils ne le sont. Je les épluche pour m’éviter de dire crûment les choses. Laisser les mots tels quels avec leurs cosses les rend indigestes pour la pensée paresseuse. Je les mâche consciencieusement. Je peux ainsi sournoisement appeler un chat une souris sans soulever d’animosité à mon égard. Ça fait belle lurette que j’ai donné ma langue au chat. On comprendra pourquoi je fais plus dans le ronron que dans la rébellion.
De vrai, je ne veux pas tomber dans la mouise carcérale. Mieux : je ne veux tomber dans rien du tout, dans quoi que ce soit, même pas tomber amoureux. Le mot « conjugal » me fait penser à conjuguer. Essayez de conjuguer le verbe tomber au présent de l’indicatif, c’est plein de tombes.
Non, j’essaie juste de joindre les deux bouts. Un seul bout, ça fait tête de ténia. Joindre les deux bouts, ça donne « debout », j’aime cette idée de jointure qui vous épargne de la chute. Solidarité donc. C’est mieux que de disputer aux chiens les poubelles du capital condescendant. Tiens, à propos de chien, en voilà un mot qui vaut son pesant d’os ! Ça m’évoque toujours « chiens de garde », ou « chiens des gradés », voire « chiens dégradés » de leur dignité à trop canicher sous leurs maîtres.
Ah ! Je ne veux plus être le roquet qui ne fait peur qu’aux moineaux.
Dorénavant, je pèserai mes maux.
Qui seront facturés aux geôliers de mes jours.
Au centuple de leurs méfaits.


A. Wamara,
décembre 2022