Novembriversaire *

par A. Wamara


Il est dit dans un texte biblique apocryphe que la Sainte Vierge a entendu un ange tousser lors de la crucifixion de Jésus, mon ami de toujours. C'est la toux sainte.
Tout saint qui se respecte doit savoir que tousser est un signe de mauvais augure. C'est peu dire donc que tousser n'est jamais anodin. La tuberculose fait tousser jusqu'à vous faire cracher vos poumons et tout leur sang. C'est la toux-sang.
Je fais à dessein tout ce baratin pour échafauder sans conviction une transition tirée, j’en conviens, un peu beaucoup par les cheveux et la barbe : une transition vers la Toussaint célébrée aujourd'hui.
Les chrétiens savent mieux que quiconque que la Toussaint, c'est la fête des Saints. Le déclenchement de la guerre d'Algérie par une série d'attentats, le 1er novembre, repose singulièrement sur une méprise. En effet, les Algériens ont cru faire un grand symbole dans le choix de cette date qu'ils croyaient être un jour de fête des morts qui est, elle, célébrée non le 1er mais le 2 novembre. Ils ont dû consulter un des Saints de chez nous qui leur a fourgué une mauvaise réponse. Putain de Pythie. Inutile de vous faire un dessin que les Musulmans connaissent mal la religion catholique. Et inversement d'ailleurs. Qu'à cela ne tienne, les Algériens vont commémorer aujourd'hui ce jour synonyme de baroud pour la liberté : défilé militaire et tutti kaki. On a envie de dire aux gradés qui seront alignés sur les gradins d’arrêter leur char, que rouler toutes ces mécaniques ne célèbre rien d’autres que leur arrogance, la hogra et la force de leurs armes payées par les fruits de leur prédation. Toutes ces étoiles tombées sur leurs épaulettes ! Des récompenses pour quelles batailles ? La plupart d'entre eux avaient à peine l'âge d'utiliser un tire-boulettes durant cette guerre. À moins que ce soit pour leur bravoure dans la bataille d'Alger d'octobre 88, peut-être dans celle de Tizi en avril 2001. Faudrait s'informer sur cette question de bataille auprès des djihadistes blanchis khawa-khawa de la décennie noire, ils doivent le savoir puisqu'ils sont aujourd'hui comme cul-et-qamis avec eux.
Revenons à la toux.
Si tout citoyen algérien est condamné pour blasphème national sitôt qu’il formule la moindre allusion à la Toussaint trahie, il lui reste encore la voix oblique, celle de tousser. Car l’acte de tousser recèle beaucoup plus de subversion qu’il n’y paraît. Je m’explique : n’est-ce pas qu’on tousse aussi pour signifier discrètement à quelqu'un qui s'apprête à divulguer un secret qu'il ferait mieux de la “closer”. Rappelez-vous du sketch hilarant de Fernand Raynaud, "Allô Tonton, pourquoi tu tousses ?" (Voir le lien plus bas pour l'écouter).
Alors, pour notre Toussaint nationale, que tous toussent au passage des blindés sur le bitume de l’avenue des Martyrs. Une façon de leur dire, sans coup férir, « taisez-vous, rangez vos chars plus clinquants que les cars scolaires".

- Dis donc, Achour, c'est du n'importe quoi, tu proposes de faire la révolution en toussotant ?
- Dans un sens oui l’ami, puisque si tu parles c'est Koléa, si tu te tais tu ploies, alors tousse et épargne-toi.
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* Hommage aux "terroristes".
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A. Wamara.
1er novembre 2022


A. Wamara
13/11/22