Djilali Bencheikh, écrivain pépite.

par Achour Wamara



Il est des écrivains papotiers et d'autres pépites. Il faut de tout pour faire un bréviaire littéraire.
Les papotiers saturent l'espace de la vacuité médiatique. Les pépites répugnent à la brillance de surface, à l'éclat éphémère de l'étincelle, elles nécessitent quelque forage pour fouiner dans les interstices de l'âme.
Ainsi de l'oeuvre de Djilali Bencheikh qui fait penser à ces maisons auxquelles on accède par des portes basses avant de se retrouver face à de grands patios.
D.B. nous allèche par des petites histoires de soucis des communs des mortels pour nous faire entrer dans la grande Histoire. Il nous parle tranquillement de l'intranquillité, avec cet humour pince-sans-rire cruel et thérapeutique.
On revient de tout quand on a vécu enfant la guerre d’Algérie et l’expérience d’une post-indépendance qui marie la farce avec le tragique.
Privilège ou infortune, D.B. en tire une sorte de sagesse au rire contenu pour nous raconter la mesure du temps qui enseigne qu'il n'y a rien à enseigner.
Déjà, dans son tout premier roman, « Mon frère ennemi », comme dans « Tes yeux bleus occupent mon esprit », campés aux prémisses et pendant la guerre d’Algérie, D.B. décèle à travers les yeux d’un enfant ce quelque-chose-qui-cloche dans le pays d’Augustin. La tradition est aux prises avec la présence coloniale qui dessille autant qu’elle agenouille. D.B. y décrit son Algérie d’« enfrance », non sans tendresse.
Jubilatoire et pimenté est « Nina sur ma route », un roman des espoirs déçus, amour et révolution. La génération post-indépendance y étale toute sa candeur révolutionnaire sous un socialisme précipité qui contrarie la libido, « étatise les salons de coiffure » et promeut le youyou en patrimoine national.
Quand Candido languit d’amour pour la militante Nina, c’est toute l’Algérie enfin libre qui espère des jours heureux. Désenchantement, la Nina s’est au final rangée, elle a pris un autre chemin, à l’exemple de l’Algérie qui fait dans le « cher Allah ».
Son dernier livre est un dialogue entre deux mémoires algériennes, la sienne et celle d’une « rapatriée », Sophie Colliex, mémoires imposées par l’histoire en recto-verso dont ils ne veulent faire qu’une seule page, une algériade cousue au fil de l’émotion des retrouvailles.
Oui, Djilali Bencheikh est un écrivain pépite. D'une langue tendrement débridante.
Lecture donc.


Bibliographie succincte de Djilali Bencheikh (sans les contributions aux ouvrages collectifs et les nombreux articles publiés dans la presse)



A. Wamara
8 janvier 2023