L'immigré, un objet à dire

in Le quotidien Le Matin, 23/24 avril 1993..
Paru aux éditions Bouchène, l’ouvrage d’Achour Ouamara traite des discours, textes administratifs et petites phrases qui en disent long sur la perception qu’ont de l’immigration – en général et maghrébine en particulier – les Français ; qu’ils soient émules de Barrès ou adhérents au PCF.
Ainsi, la France raciste ou antiraciste discourt sur l’étranger à longueur de JT, de colonnes de journaux, que ce soit pour une histoire de foulard porté par une lycéenne ou lors des élecions législatives. Et à la source de ce lot de paroles, une France qui a mal à ses immigrés. L’idée de Ouamara était d’aller voir, au-delà des déclarations, qu’elles soient celles du racisme ordinaire ou envolées d’intégrationnistes, les arrières-pensées des propos concernant une population qui vit une déculturation « imposée » par sa terre d’accueil. L’auteur a recueilli pour nous des citations plus ou moins récentes d’hommes politiques, d’écrivains, de journalistes et nous guide en six étapes dans cette analyse d’une France qui parle davantage des étrangers en tant que population à problèmes que force de travail.
Ainsi, apprend-on que coincé entre le fantasme d’une cinquième colonne que représentent pour l’extrême droite la communauté algérienne en France, et l’assimilaionnisme à marche forcée, de certaines associations, le jeune beur se revendique citoyen du monde…
On découvre aussi dans cet ouvrage des citations de Le Pen et ses appels au meurtre qui expliquent qu'une fois la droite revenue au pouvoir, ses sbires en uniforme ont fait parler la poudre et couler le sang des immigrés par bavure interposée
Tout un chapitre, en l'occurrence le dernier, est consacré à l'analyse « petites phrases » dites par les expatriés eux-mêmes, et en particuliers les beurs ; chapitre qui nous dit leur condition et leur mal de vivre. Par contre, il est regrettable que le « bruit et l'odeur", insulte proférée par un Français "très moyen" qui fut à deux reprises Premier ministre n'ait eu droit à l'analyse ou à l'étude psychanalytique" qui lui était due.
Le discours désimigré en résumé, agréable à lire, teinté d’ironie et truffé de jeux de mots. On pardonnera à l’auteur la pléonasme « logorrhée verbale ». Peut-être était-ce pour mieux "avancer en avant" ses arguments, en faveur d'une population qui n'a pas fini de le rôle de bouc émissaire ni de souffrir de son déracinement.



Roshd Djigouadi
lire le résumé du livre Le discours désimigré