Voyelles martyres

"A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles".
Heureux le poète qui n'a pas connu le code binaire !
Imaginons son dépit de voir toutes ces voyelles déshabillées, sans ménagement, en série de bits (dites binons) : A 01000001, E 01000101, etc.
Sans doute, inspiré par cette soldatesque en garde haute, les aurait-il affublées d'accoutrements insolites. Sûr qu'il leur trouverait quelque charme à opposer au (mal)traitement qu'elles subissent en commun avec leurs soeurs d 'infortune que sont les consonnes et autres signes diacritiques.
Entre sa saisie furtive au clavier crasseux et sa sortie toute pimpante sur l'écran à fenêtres tremblotantes, l'innocente voyelle aura parcouru et récuré maints circuits exigus. Ici prêtant le flanc à l'engraissement et à l'évasement, là s'enrichissant d'un binon de taille ou de couleur, elle n'aura de cesse de se transformer, tel un caméléon, au nez et à la barbe de la renifleuse et insaisissable souris.
Le nombre, s'il est l'objet des mêmes sévices que la voyelle, cependant son horizon est plutôt mesquin : il brade son âme à trop vouloir s'additionner, se soustraire, se comparer ...Quelle tristesse !! Non, décidément, le nombre est bonne pâtée pour calcul de soldes.
Pardon, Einstein !
Le poète a toujours raison
Qui voit plus loin que l'horizon
La voyelle est l'avenir du Nombre
A pluce !

Achour Ouamara