Satan numérique !

Au commencement était l'Adverbe, pardon, le Verbe. Le Grand Potier souffla sur son tas d'argile, et Clic! l'homme fut.
Seulement voilà, paumé, Adam, notre père à tous, succomba très vite au péché.
Diable ! Y avait-il du gravillon dans cette glaise originelle ?
Pas sérieuse la briqueterie de l'Eden. Toujours est-il que depuis, l'homme vogue entre le Bien et le Mal. Sa première invention fut une grosse massue qui coûta la vie à Abel. Il n'est pas une de ses créations qui n'ait son avers et son envers. Plus tard, l'homme, se voulant Ordonateur de tout, créa à son tour l'ordinateur, presque à son image.
Chaire et conscience en moins.
Silicium n'est pas argile. Arrière le péché !
Pourtant mémé m'a mis en garde :
-"mon p'tit chou, me dit-elle, je sens rien de bon dans cette bécane. Elle écrit toute seule, et en plus maintenant elle parle.
Y a sûrement Satan qui tire les ficelles là d'dans". - "Mais non ! mémé, lui répondis-je savamment, où vas-tu chercher tout ça, ça n'est que de la quincaillerie".
Puis, une nuit, alors que je versifiais à une heure indue, une créature, mi-scarabée mi-hamster, apparut en haut de mon écran. Elle fondit sur un alexandrin et le goba jusqu'à la dernière rime avant de se réfugier dans son petit coin. Moins d'une seconde après, elle refondit sur un autre alexandrin (elle digère vite, la bébête !). C'est ainsi que je perdis mon cantique des cantiques. Je passe sur les sillons de stalactites qui labourèrent une de mes dissertations sur l'infaillibilité de la puce. Et des vertes et des pas mûres ! Quand, un jour, j'entendis mon disque dur émettre un son rauque pour finir dans un gémissement d'épagneul, là, j'appelai mon exorciste. Mémé surgit derrière moi et me lança triomphale :
-"mon p'tit chou, faut te protéger".
Elle posa sur mon bureau l'Evangile de Jean, et mit délicatement la souris dessus.
- "Comme ça, tu peux cliquer et tapoter couvert".
Satan. C'était le nom du virus.
Mémé m'étonnera toujours.
A pluce !

Achour Ouamara