La métamorphose

Mes doigts m'inquiètent. Ils se palment en leur espace interdigital. Mon index droit s'est transmué en pince tactile. Mes globes occulaires, à trop fixer ce carré à reflets dansants, ne pivotent plus comme jadis. Mes oreilles font corps avec les enceintes à se paraboliser sans fin. Monocorde est devenue ma voix, longtemps dressée au dictaphone. J'ai libéré ma mémoire compressée pour la déléguer au Zip et autre Jaz. Ne s'y impriment que les ordres défilants et concis adressés à ma pince qui les exécute en un tour de main. Je me réduis jour après jour, compact telle une pieuvre aux rigides tentacules. D'être toujours assis souvent sans dossier, ou au mieux installé sur mon clic-clac avec tous ces appareils sans fil, mon coccyx se déboîte en miniplaquettes. L'immobilité ne me sied guère, elle m'ankylose et m'interdit toute extension de membres. Ma carapace claque au moindre dévissement du tronc. Je ne parle pas de mes jambes qui s'étiolent de manque de motricité, mais qu'est-ce que je me pâme devant ma Lady Webcam ! Et peu m'importe l'odeur de renfermé ! j'ouvre ma fenêtre, et bonjour le mimosa numérisé des Indes ! Quant à mes moments de blues, je les chasse d'entrée avec mon synthétiseur de jazz.
Ainsi s'organisent les tâches de mon quotidien fait de menus outils au service de mes muscles atrophiés à me rétrécir jusqu'à la taille d'une icône.
Bébête ! ça urge, faut que tu t'alimentes.
Je me branche.
Je lance une commande...
Exaltante la vie de l'homo ordinator, non ?
A pluce !

Achour Ouamara