De Stendhal à Bill Gates

Charles Bovary, dit Charbovari, avait, en entrant en classe, un habit-veste de drap à boutons noirs, un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles, des souliers garnis de clous, une casquette de loutre à poils de lapin.
Dès le premier jour, son instituteur lui colla aussi sec une punition : recopier vingt fois ridiculus sum. L'instit non plus n'était pas en reste, tout engoncé dans son accoutrement : gros favoris, binocles, un béret basque à la pliure prononcée, une pipe bourrée d'un fort tabac, tout cela dans un brouillard de craie empreint d'odeur de buvards copieusement encrés.
En ces temps-là, le savoir se transmettait au corps à corps entre le maître et l'élève.
Peu à peu le maître disparaît derrière un rétroprojecteur dont il sue à régler la lentille souvent embuée.
Avec l'ère de la puce triomphante, c'est plié en deux, les mains sur les hanches et le menton imberbe à hauteur de ses têtes blondes sentant le musc, qu'il s'échine à commenter les injonctions de didacticiels conçus en hâte à la Silicon Valley. J'ai dû subir la science infuse d'un de ces pédagogues numérisés : on y voit apparaître à l'écran, en vidéo-médaillon, la tronche agitée d'un P-ROM (Professeur-ROM) dissertant d'une voix caverneuse sur les merveilles de la robotique depuis l'avènement de la numérisation.
Dans un avenir proche, on pourra choisir à loisir des didacticiels avec la vidéo de sa star préférée associée à la voix d'un crooner pour sonder en Cliqueurs confirmés toutes les techniques de la prothèse !
Pour ma part, j'ai déjà choisi mon P-ROM. J'opte pour la vidéo d'un malicieux titi et la douce voix de tata Emma pour m'enseigner l'art et la manière de confectionner les bonnets d'âne que j'ai, mon Dieu, tant et tant collectionnés dans ma tendre enfance !
Nostalgie ! Quand tu nous tiens !
A pluce !

Achour Ouamara