Mohamlet

par A. Wamara
19 octobre 2021



Sociologiquement parlant... non, je me la pète, d'ailleurs on ne dit pas "on se la pète" mais "on se la joue", c'est moins choquant. Comme on ne dit plus "balayeur" mais "technicien de surface", ni "caissière" mais "hôtesse d'accueil". On change les noms mais pas les conditions. Soyez rassurés, les caméras qui vous regardent un peu partout ne s'appellent plus "vidéos de surveillance" mais "vidéos de protection". C'est la mode-vernis, du replâtrage, on met sous le tapis la poussière comme on met un pansement sur une jambe de bois.
Ces remplacements touchent tous les domaines. Ainsi, m'a-t-on conseillé, pour ne pas dire sommé, de remplacer mon prénom par un des plus autochtones, un prénom pass-identitaire en quelque sorte. Mais comment passer de Mohammed à Éric ? That is the question. C'est justement Shakespeare qui vient à ma rescousse. Hamlet et Mohammed, ça donne Mohamlet ! Voilà un mot-valise qui permet le compromis et qui m'éviterait de reprendre ma valise, si je puis dire...
Je me demande quel nom faudra-t-il encore remplacer un jour. Celui de mon lieu de naissance ? J'opterais pour MONTCUQ, un village du Lot. Mon patronyme ? NAZE, originaire de l'Oise, ça conviendrait à mon état de burn-out d'éternel pointé par les nazillons. Le nom de mon pays ? Euh... c'est que... ben... y a que... l'Algé... euh... c'est déjà rebaptisé. Avant c'était LA GAULE, aujourd'hui c'est devenu LA GEÔLE.