Élucubrations aoûtiennes : V.

par Achour Wamara



Peter Schlemihl a vendu son ombre au Diable (histoire racontée par Adelbert von Camisso). Il l'a troquée contre la sécurité d'une richesse inépuisable, une bourse magique qui se remplit au fur et à mesure qu'elle se vide. Il a regretté amèrement cet échange. La mienne, je l'ai perdue. Je l'ai cherchée partout. En vain. Comment vivre sans ombre quand on n'a que cette cape fidèle pour prouver que le soleil brille aussi pour nous ? On dit lâcher la proie pour l'ombre, mais moi, sans ombre, je serai toujours la proie. Peut-être a-t-elle suivi quelqu'un d'autre ? Ou a-t-elle été kidnappée sous ma barbe par un malintentionné qui voudrait posséder deux ombres ? Quelle époque ! Désirer deux ombres pour revendiquer deux soleils ? C'est absurde.
Et puis ça me coûte de savoir qu'un chenapan traîne indûment en trophée mon ombre derrière lui, en seconde noce en quelque sorte.
Je lance donc un avis de recherche pressant pour la retrouver, avec à la clé une récompense substantielle d'1/2 soleil (une part tirée de mon soleil que j'ai amputé sans regret pour récupérer mon ombre chérie). On peut bien vivre avec un demi-soleil, non ? C'est largement suffisant. Je sais qu'il est des égoïstes insatiables de tout qui ne se gêneraient pas de dérober nos soleils, même à minuit.
Ne les laissons pas faire.
Quelle époque !